Lundi 12 mai 2008

Le décret du 12 juin 1880 a fait de Rufisque une commune de plein exercice. A l’instar des communes de Gorée, Saint-Louis (1872) et Dakar (1887), Rufisque fonctionnait sur la base du suffrage universel et de la gestion libre des affaires locales. Malgré tout, ces avantages acquis depuis la période coloniale n’ont pas fait de Rufisque une commune développée et bien représentée au niveau national.

 

La vieille ville croule sous le poids de nombreuses difficultés accumulées depuis un demi siècle. Nous pouvons citer le chômage endémique des jeunes, l’insécurité dans certains quartiers de la ville, l’insalubrité qui devient un problème de santé publique, les canaux à ciel ouvert remplis d’ordures, les détritus (issus du curage de ces canaux) laissés sur les rebords qui dégagent une odeur pestilentielle que respirent les populations environnantes, les problèmes de mobilité qu’ont forcément notés tous les automobilistes qui ont traversé la ville ou ont emprunté la route qui mène à la SOCOCIM, …

Sauf avis contraire du Conseil constitutionnel, les élections législatives du 03 juin 2007 ont donné à cinq rufisquois le droit de siéger à l’Assemblée nationale (Awa Diop et Alioune Souaré sur la liste nationale du PDS, Ndiawar Touré, Babacar Khouma et Seydou Diouf sur la liste départementale). Au niveau national, le débat tourne essentiellement autour du faible taux de participation. En ce qui me concerne, je préfère réfléchir sur les implications d’un tel vote sur les populations de la vieille ville. Avec cinq députés place Soweto, les élus ont les moyens de marquer de leurs empreintes cette législature. Cette situation doit être profitable aux citoyens de la ville. En d’autres termes, je veux dire que ces personnalités qui viennent d’être élues, tout en prenant en compte les préoccupations de leurs militants, doivent s’atteler à servir d’abord et avant tout les intérêts de la ville, de ses habitants.

Pour atteindre cet objectif, trois conditions doivent être remplies :

1- Il faut que les hommes politiques rufisquois arrêtent de berner et de divertir les populations avec des luttes (querelles) de tendance qui ne sont motivées que par un souci de positionnement et la volonté de sauvegarder des intérêts personnels. Pendant les dernières années du règne socialiste, nous avions les tendances de Pathé Ndiaye, de Mbaye Jacques Diop, de Moussa Mbaye, de Cora Fall qui se livraient des batailles fratricides. Aujourd’hui, celles de Ndiawar Touré, de Mamaya Sène, de Seydou Diouf, …, ont repris le flambeau. En tant qu’observateur de la scène politique, j’ai constaté que les responsables politiques de notre département, au lieu de s’occuper des préoccupations de tous les rufisquois, entretiennent gracieusement leur clientèle politique et dispersent leurs forces dans des querelles de tendance. Cette situation doit cesser.

2- La seconde exigence renvoie à la nécessité, pour ces leaders politiques de s’unir pour mieux servir Rufisque. S’ils ne parlent pas le même langage, s’ils ne travaillent pas à harmoniser leurs positions, ils auront des difficultés pour se faire entendre et pour faire passer leurs propositions au niveau de l’Assemblée nationale. Encore une fois, les populations rufisquoises vont pâtir de cette situation qui les installera dans une inertie totale.

3- La dernière condition à mettre en œuvre concerne la nécessité de faire participer, de manière effective, les rufisquois à la gestion de leur cité et à la prise de décision. Rufisque regorge d’associations de tout genre et de groupements féminins ou religieux. Ce qui facilite la mise en œuvre d’une réelle démocratie participative. Aujourd’hui, dans toutes les démocraties avancées, les citoyens sont informées et consultées régulièrement. Leurs avis sont pris en compte dans le processus de prise de décision. Ces pratiques constituent un gage de bonne gouvernance. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) facilitent la mise en œuvre de telles politiques. Le téléphone portable (SMS) et Internet, pour ne citer que ces deux-là, peuvent aider à mettre l’information municipale à la disposition des citoyens. Dans cette perspective, je pense qu’il est inadmissible qu’une ville comme Rufisque ne dispose pas d’un site Internet alors que le Sénégal est engagé, depuis quelques années, dans une dynamique de modernisation des administrations publiques et de gouvernement électronique.

Aujourd’hui, avec le développement des médias privés et principalement des radios communautaires, les populations des collectivités locales sont devenues plus matures, mieux informées. Elles exigent plus d’informations et plus de considération de la part de leurs élus. Dans une interview parue dans le journal Sud Quotidien, il y a quelques semaines, Seydou Diouf défendait l’idée d’un rajeunissement de l’espace politique sénégalais et d’une plus grande responsabilisation des jeunes leaders. Je suis d’accord avec cette profession de foi mais à condition qu’elle soit accompagnée d’un changement des pratiques.

En ce début du troisième millénaire, il est urgent de faire la politique autrement. Les populations et les partenaires au développement exigent plus de gestion participative et de transparence. Le Sénégal dispose de tous les outils techniques et institutionnels nécessaires pour satisfaire ces exigences. Mais il faut reconnaître que concernant ces pratiques, le discours est plus glorieux que la réalité. L’heure est venue de les rendre effectives. Il faut tout simplement une forte volonté (courage) politique.

 

Par Mamadou NDIAYE
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